"On ne pourra pas les tenir dehors éternellement" : Ford et les voitures chinoises en 2030 ?
Comme le rapporte Auto Plus, Bill Ford, président exécutif du constructeur, vient de lâcher cette petite phrase devant les salariés de Detroit: « on ne pourra pas les tenir dehors éternellement ».

"On ne pourra pas les tenir dehors éternellement": Ford découvre l'évidence
Traduction libre, pour ceux qui n'auraient pas capté la nuance: les voitures chinoises arrivent, et il vaut mieux avoir un plan B qu'un communiqué de presse. Son DG Jim Farley enfonce le clou devant les mêmes salariés: Ford se prépare à voir des marques chinoises s'installer aux États-Unis dans un horizon de cinq à dix ans, « plutôt vers le haut de cette fourchette ». Début des années 2030, en clair.
Le « mur » américain: combien de temps encore?
Aujourd'hui, Washington fait semblant de tenir la ligne. Droits de douane à environ 100 % sur les VE chinois, interdiction des logiciels chinois dès le millésime 2027, puis du matériel à partir de 2030. On invoque la sécurité nationale, la protection des données. Greenwashing industriel de compétition. Sauf que l'étau se desserre déjà ailleurs. Au Mexique, les constructeurs chinois grignotent du terrain. Au Canada, un accord commercial permet d'y vendre un nombre limité de véhicules électriques. Et selon des experts cités par Ford lui-même, le marché canadien fait office de crash-test grandeur nature avant une éventuelle percée au sud de la frontière. La barrière n'est pas un mur. C'est une grille, et elle a déjà des trous. Pendant ce temps, Ford met au point une famille de VE abordables, conçue de zéro pour matcher les niveaux de coût et d'efficacité de BYD. Moins un discours écologique qu'une promesse de survie.
Pourquoi ça regarde aussi le locataire français
On pourrait se dire: américaine, l'affaire, locale, sans impact ici. C'est mal lire le dossier. En juillet, selon CNews, l'électrique a représenté 35 % du marché français, dopé par le leasing social et la hausse des prix à la pompe. En Australie, en juin 2026, les véhicules fabriqués en Chine pesaient déjà 35,5 % des ventes de voitures neuves (46 592 unités), avec environ 80 % des VE vendus ce mois-là provenant de Chine, comme le détaille Vietnam.vn. La tendance n'est pas américaine. Elle est mondiale, et elle file plus vite que les pronostics. Ce que prépare Ford — une plateforme électrique low cost pensée pour les ratios de BYD —, c'est exactement le genre de réponse que les flottes de location attendent sans oser le dire. Bientôt, la citadine allemande du parc de location, ce sera peut-être un VE chinois facturé 25 € par jour. Le portefeuille, forcément, appréciera. Reste l'inconnue habituelle: traçabilité logicielle, disponibilité des pièces, valeur de revente au bout de trois ans. Sur ces points-là, l'enthousiasme mérite un sérieux coup de frein. Bill Ford, lui, a visiblement fait son choix: être dans la voiture quand la barrière tombe, plutôt qu'à la porte quand le marché est déjà pris. Pragmatisme de Detroit. Cynisme compris.