Actualité

Voitures chinoises aux États-Unis : réalité économique ou simple manœuvre politique ?

Selon Auto Plus, la sénatrice démocrate du Michigan Elissa Slotkin a relancé cette semaine le fantasme d'une Amérique ouverte aux constructeurs chinois.

Voitures chinoises aux États-Unis : réalité économique ou simple manœuvre politique ?

Trump prêt à ouvrir son marché aux voitures chinoises?

Une déclaration sans preuve concrète, présentée comme un scénario catastrophe: dans le cadre d'un futur accord avec Xi Jinping, Donald Trump pourrait, dixit l'élue, laisser entrer les marques de Pékin sur le sol américain. Tout cela sent bon la rentrée politique et les sénatoriales qui approchent, mais qu'en est-il vraiment? Pour nous, locataires européens, l'affaire mérite quand même qu'on s'y attarde — parce que ce qui se joue à Washington finit toujours par déteindre sur nos devis de location.

Une menace réelle ou un épouvantail de campagne?

Slotkin brandit le chiffre de 1,2 million d'emplois automobiles menacés dans le Michigan et dégaine l'exemple européen: en trois ans, les marques chinoises ont grappillé 8 % de parts de marché sur le Vieux Continent, et Volkswagen se retrouverait acculé à supprimer 50 000 postes. Je note au passage que la même élue porte, avec le républicain Bernie Moreno, un Connected Vehicle Security Act adopté à l'unanimité en juillet par la commission du commerce du Sénat. Objectif affiché: interdire les véhicules, logiciels et composants connectés d'origine chinoise, blocage des logiciels dès 2027, équipements de connectivité à partir de 2030. GM et le syndicat UAW de Shawn Fain applaudissent. Ça fait beaucoup de mains qui se frottent derrière la même muraille.

Sauf que la réalité tarifaire, elle, est nettement moins dramatique. En 2024, l'administration Biden avait quadruplé les droits de douane sur les voitures électriques chinoises, de 25 à 100 %. Et c'est le même Donald Trump qui avait approuvé la mesure. Un revirement à 180 degrés pour ouvrir grand les portes? Avouez que le retournement acrobatique laisse sceptique.

Pourquoi ça nous concerne à la pompe et au comptoir

Vous ne louez pas une voiture aux États-Unis, et alors? Trois ramifications concrètes pour le marché européen de la location.

D'abord, la guerre commerciale fait tanguer les chaînes d'approvisionnement. Les constructeurs européens qui composent nos flottes de location — Volkswagen, Stellantis, Renault — voient leurs marges comprimées par la concurrence chinoise et par les taxes croisées. Quand un constructeur doit fermer des usines ou repousser des investissements, c'est le parc locatif qui en paie le prix: moins de véhicules disponibles, tarifs qui gonflent à la haute saison.

Ensuite, la question des logiciels embarqués. Les véhicules connectés chinois qu'on vous promet comme la prochaine révolution du free-floating et de la location sans clé, c'est précisément ce que Washington veut interdire chez lui. Bruxelles regarde, hésite, et finit souvent par suivre. Si un futur règlement européen emboîte le pas, attendez-vous à voir les applications de location se transformer en gruyère réglementaire: geofencing, restrictions de données, options qui disparaissent des véhicules de flotte.

Ce qu'il faut surveiller sans s'emballer

Je ne vais pas vous faire le coup du « Trump va inonder l'Europe de BYD à 12 000 € ». Les droits de douane sont toujours là, la géopolitique reste imprévisible, et chaque annonce de ce type sert d'abord un agenda électoral. Ce que je retiens, en pragmatique qui loue ses véhicules et compare ses devis: tant que les marchés restent fragmentés par des barrières tarifaires et numériques, le parc de location européen reste protégé — donc cher. La vraie disruption, celle qui ferait enfin baisser l'addition, suppose une vraie ouverture, pas des communiqués de sénateur. Pour l'heure, surveillons la rencontre Trump-Xi et la suite du Connected Vehicle Security Act: c'est de là que viendra, ou non, le prochain coup de chaud sur vos locations.