Pourquoi des centaines de voitures finissent-elles abandonnées au bord des routes suisses ?
Selon Auto Plus, la Suisse — propre, ordonnée, réglée comme une horloge, comme on nous la vend dans toutes les brochures touristiques — traîne une verrue des plus embarrassantes sur ses parkings.

Des dizaines de voitures ventouses croupissent le long des trottoirs et dans les recoins d'asphalte, abandonnées sans vergogne par leurs propriétaires, au point d'exaspérer les communes et de déborder les dépanneurs locaux.
Pourquoi la facture de la casse dépasse la valeur de la voiture?
Voilà le cœur du problème, et il est savoureux. En Suisse, le coût d'élimination et de traitement d'une voiture en fin de vie est censé être compris dans le prix d'achat des modèles vendus sur le territoire national. Une jolie promesse d'économie circulaire, sur le papier. Sauf que la majorité des carcasses qui jonchent les bords de route portent des plaques étrangères — ou plus de plaques du tout. Pour ces véhicules importés, la mise à la casse en bonne et due forme coûte souvent plus cher que la valeur résiduelle de l'épave. Autant dire que la « mobilité responsable » helvétique a ses angles morts.
Le coup de grâce du travailleur saisonnier
Le Valais offre un cas d'école, et il mérite qu'on s'y arrête. Dans les vallées alpines comme en plaine, de nombreux travailleurs saisonniers achètent de vieilles voitures à quelques centaines d'euros — juste de quoi assurer leurs trajets quotidiens pendant quelques mois. Une fois le contrat terminé, quand le moteur commence à claquer ou que l'embrayage rend l'âme, la voiture est laissée sur un parking ou au bord d'un chemin. À Sierre, aux portes du parc naturel de Finges, c'est désormais une véritable décharge à ciel ouvert — automobiles fatiguées et vieilles remorques — qui fait office de décor juste à la sortie d'autoroute. L'écosystème, version poubelle.
Et le propriétaire fantôme dans tout ça?
Même refrain dans le canton de Neuchâtel, où des communes comme La Tène se retrouvent contraintes de publier des avis officiels pour tenter de retrouver les propriétaires disparus. Le protocole est rodé: les agents posent d'abord un avertissement écrit sur le pare-brise dès qu'une voiture stagne plusieurs semaines au même endroit. Sans réaction, la dépanneuse emmène le véhicule en fourrière. Une publication officielle est ensuite diffusée dans la feuille d'avis, avec un délai légal de dix jours accordés au propriétaire pour se manifester, récupérer son bien et régler la facture du remorquage, rapporte la RTS. Dix jours. Passé ce délai, le dossier tombe dans les limbes administratifs, et la commune reste avec l'addition — et l'épave sur les bras.
Pour qui loue ou importe un véhicule en Suisse, le message est sans ambiguïté: la « disruption » automobile ne pardonne pas l'amateurisme. Avant de céder aux sirènes d'une affaire trop belle sur une voiture d'occasion importée, mieux vaut vérifier ce que coûte réellement la sortie du jeu — sans quoi vous risquez de rejoindre, vous aussi, la longue liste des fantômes qui encombrent les parkings helvétiques.